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N° 746 - Middle Fork, Colorado

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« Un mois après le vol des trophées, les Logan Brothers en étaient arrivés à la conclusion qu’on les avait déménagés quelque part mais que où ? ils n’en avaient pas la moindre idée et que c’était donc à eux qu’il revenait de se bouger s’ils voulaient les retrouver.

L’Amérique est un pays assez vaste, les trophées leur avaient paru fort petits : par comparaison.

Ils avaient aussi compris qu’il ne leur suffirait pas de traînasser en ville à attendre la suite d’évènements qui risquaient très bien de ne pas se produire ; pour commencer. Et puis, que ce n’était pas comme ça qu’ils pourraient remettre la main dessus.

Et que, de toute façon, ces trophées s’étaient volatilisés pour toujours.

Les Logan Brothers avaient commencé à dresser des plans pour quitter la ville. Parce que les Logan Brothers n’avaient aucune idée de l’endroit où ils allaient se rendre mais qu’il leur fallait aller quelque part s’ils voulaient avoir une chance de les trouver.

Et la veille du jour où ils avaient décidé de partir sans pour autant savoir où ils allaient se rendre, même que n’importe où n’était pas pire qu’autre chose pour commencer, quelqu’un les avait appelés au téléphone pour leur dire qu’à son avis, les trophées ne pouvaient pas être ailleurs qu’à Middle Fork, Colorado.

Le Logan Brother qui avait décroché lui avait aussitôt dit merci.

Sur quoi, ils avaient aussitôt déplié une carte pour voir où c’était, Middle Fork, Colorado. C’était à plus de quinze cents kilomètres de là : dans les Rocheuses. Ils avaient passé un bon bout de temps à contempler la carte en silence.

Jusqu’à ce que l’un d’eux déclare :

– C’est toujours un commencement. »

Richard Brautigan, Willard et ses trophées de bowling.
(ramassé grâce à Baptiste Fertillet).

Déc 2016 - Lien du Post

N° 745 - Le Flacon Bleu

« Beck était tombé par hasard sur la vieille jeep un mois plus tôt, avant que Craig se joigne à lui. Elle faisait partie des épaves de la Première Invasion industrielle de Mars qui s’était terminée lorsque la course aux étoiles s’était poursuivie. Il avait réparé le véhicule qui le menait de ville morte en ville morte, traversant les terres des oisifs et des hommes à tout faire, des rêveurs et des fainéants, d’hommes pris dans les remous de l’espace, des hommes comme lui-même et Craig qui n’avaient jamais voulu faire grand-chose et avaient trouvé Mars pour ce faire.

– Il y a cinq mille, dix mille ans, les Martiens ont fait le Flacon Bleu, dit Beck. Soufflé dans du verre martien — perdu et retrouvé, perdu et retrouvé, encore et encore.

Il regarda fixement le brouillard de chaleur qui faisait vaciller la ville morte. Toute ma vie, pensa Beck, je n’ai rien fait, et rien à l’intérieur de ce rien. D’autres, des hommes meilleurs, ont fait de grandes choses, sont allés sur Mercure, ou Vénus, ou au-delà du Système. Sauf moi. Pas moi. Mais le Flacon Bleu peut changer tout ça. »

« Beck termina sa pièce et s’apprêta à occuper la suivante. Il avait presque peur de continuer. Peur que cette fois il le trouve, que la quête finisse, et que sa vie n’ait plus de sens. C’est seulement après avoir entendu parler du Flacon Bleu par des voyageurs venant de Vénus, dix ans auparavant, que la vie avait commencé d’avoir un but. La fièvre s’était emparé de lui et le consumait depuis. S’il s’y prenait bien, la perspective de trouver le flacon pouvait emplir sa vie entière. Encore trente ans, s’il faisait attention à ne pas trop se hâter, de recherche, sans jamais s’avouer ouvertement que ce n’était pas du tout le flacon qui comptait, mais la quête, la course et la chasse, la poussière et les cités, et l’excitation. »

Ray Bradbury, « le flacon bleu », in Bien après minuit.

Nov 2016 - Lien du Post

N° 388 - La quête de la Horde

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« La Pragma considérait qu’une horde n’avait qu’un but : atteindre l’Extrême-Amont par tous les moyens, véhicules compris. Elle avait naturellement le soutien inconditionnel des Fréoles qui proposaient de transporter la 35ème directement au pied de Norska ! Une aberration pour moi. Aucun sens. Une Horde n’avait que la valeur de son contre, que son corps à corps au vent et à la terre. Lui retirer la Trace, c’était l’empêcher de mûrir, d’apprendre et de savoir. C’était amener en Extrême-Amont, s’il existait, une horde profane, inachevée et crétine. Qui ne saurait donc être à la hauteur de l’enjeu. »

Alain Damasio, La Horde du Contre-Vent

Juil 2013 - Lien du Post

N° 386 - Joubert

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« C’est précisément au cours de sa quête des conditions optimales qui lui auraient permis d’écrire que Joubert tomba sur un lieu enchanteur, idéal pour s’égarer et finir par ne pas écrire le moindre livre. Il ne fut pas loin de prendre racine dans cette quête. Il se trouve justement que, pour le dire avec Blanchot, ce qu’il recherchait, cette source d’écriture, cet espace où pouvoir écrire, cette lumière qu’il rêvait circonscrite dans cet espace, exigea de lui et affirma en lui toutes sortes de dispositions qui devaient le rendre inapte à un quelconque travail littéraire, ou l’en détourner.

Joubert apparaît en cela comme l’un des écrivains véritablement modernes, choisissant le centre plutôt que la sphère, sacrifiant les résultats à la découverte de leurs conditions, renonçant à écrire un livre après l’autre et préférant prendre possession de ce point d’où il lui semblait que naissaient les et qui, une fois atteint, le dispenserait de les écrire. »

Enrique Vila-Matas, Bartleby et Compagnie

Avr 2013 - Lien du Post

N° 211 - Don Quichotte

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« Pour Juan José Saer, don Quichotte est un héro épique parce que peu lui importe que sa mission de justice connaisse l’échec ou la réussite. « C’est là le point essentiel à retenir, dit Saer : que, dans toute entreprise humaine, la conscience claire ou voilée du caractère inéluctable de l’échec est fondamentalement opposée à la morale de l’épopée. » À comparer avec cette observation de Stevenson : « Notre mission dans la vie n’est pas de réussir, mais de continuer à échouer sans perdre le moral. »

Alberto Manguel, Journal d’un lecteur

Oct 2012 - Lien du Post

N° 390 - Quelques règles pour bien quêter

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« – Chevalier harassé de sommeil et de soucis, dites-moi si vous avez vu une bête étrange passer par-là.

– Certes, répondit le roi, mais elle est partie dans la forêt. Pourquoi vous intéressez-vous à cette bête ?

– Messires, répondit le chevalier, elle est l’objet de ma quête. Il y a trop longtemps que je la suis, et j’ai tué mon cheval. Plût à Dieu que j’en trouve un autre pour poursuivre ma quête.

[…]

– Il y a douze mois que entrepris ma quête, dit-il, il faut que je la poursuive.

– Sure chevalier, dit Arthur, confiez-la moi et je la poursuivrai encore douze mois, car j’ai besoin de ce genre de choses pour écarter les nuages qui assombrissent mon cœur.

– Vous demandez une chose insensée, répliqua le chevalier. C’est ma quête, je ne peux la transmettre à quiconque, excepté mon plus proche parent. »

 

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« Vous ne pouvez pas savoir comment une aventure commence, dit [Merlin]. La grandeur naît petite. Ne déshonorez pas votre fête en ignorant ce qui s’y passe. Telle est la loi de la quête. »

John Steinbeck, Le roi Arthur et ses Preux Chevaliers

Août 2012 - Lien du Post