La vie et le travail.

Ce site est en construction, j'essaye d'y remplir petit à petit le passé tout en y racontant le présent.

?

3.02

Le bain de teinture de noyaux d’avocats est prêt. Les noyaux ont macéré 7 jours et pendant 7 jours, je les ai fait chauffer une heure ou deux par jour – sans jamais laisser l’eau bouillir.

J’ai mis le tablier que Luce m’a cousu. C’est un tablier avec un côté marron pour les tâches moches et un côté blanc pour les belles tâches. Pour la teinture, je porte le côté blanc.

J’ai 100 grammes de laine de mouton Roussin de la Hague, avec un peu d’alpaga, à teindre. C’est une belle laine fine et sèche, bien torsadée. J’ai déjà essayé de teindre cet écheveau avec de la Fistuline Hépatique, un champignon qu’on appelle aussi langue de bœuf, mais la teinture a juste donné un beige léger et j’ai envie de plus de couleur.

J’ai encore oublié que le mordançage prenait longtemps. Il me faut la matinée pour faire bouillir une marmite, dissoudre de la poudre d’alun dedans, attendre que la marmite refroidisse assez pour y plonger la laine sans qu’elle feutre. Je laisse la laine macérer à feu doux dans le mordant pendant une heure. Le mordançage sert à fixer la teinture dans la fibre et la poudre d’alun avive un peu les couleurs.

Le bain de noyaux d’avocats est sombre et coloré, il a l’air plus orangé que le rose que j’espérais mais on ne peut jamais se fier à la couleur de l’eau. Je modifie son ph avec une cuiller de bicarbonate de soude. Je fais ça au hasard, je me dis toujours que j’achèterai du papier pour mesurer le ph des bains et puis j’oublie. Je ne suis pas encore assez à cheval sur les méthodes scientifiques.

Je remets mon tablier côté blanc pour plonger la laine mordancée dans le bain et je fais encore chauffer doucement pendant une heure. Il ne faut pas laisser la fibre trop longtemps parce que le bicarbonate de soude l’attaque. C’est ce que j’ai lu, alors je n’ose pas attendre trop, même si plus la fibre reste dans le bain, plus la couleur sera intense.

Penant ce temps-là, je vais acheter du pain et de la viande, je traverse presque un double rainbow et quand je rentre à la maison, j’ai du rose.

Laine teinte aux noyaux d'avocat

27.01

Je viens de lancer une marmite de teinture à l’avocat. J’ai recouvert d’eau 372g de noyaux d’avocat (une quinzaine) pour teindre 100g de laine mordancée à l’alun. Je conserve les noyaux depuis cet été dans un petit sac en plastique dans mon congélateur.

Il faut faire mijoter les noyaux d’avocat coupés en petits morceaux 1h par jour pendant 7 jours. On dirait une recette de sorcière. Pour obtenir un rose pâle à soutenu, il ne faut surtout pas que l’eau arrive à ébullition sinon le pigment libéré par les noyaux tourne au orange.

Hier, j’ai fini de me coudre un pantalon. Je l’avais mis en pause pendant un mois parce que je n’avais pas de braguette de la bonne couleur. Dans mon armoire, j’ai six pantalons que je porte régulièrement, dont trois que j’ai fait moi-même.

J’ai retranscrit sur mon ordinateur un patron de tricot que je suis en train d’écrire pour une commande qu’on m’a fait. C’est la commande de quelqu’un qui avait un pull avec un dessin d’Hamtaro quand il était petit. Sa mère avait tricoté ce pull et maintenant, elle n’est plus là pour lui en refaire un à sa taille. Alors je transforme un patron de tricot en rond en patron de tricot à plat, pour pouvoir faire le grand dessin d’Hamtaro sur le devant.

Je suis bloquée sur un patron de gilet pour ma mère. Elle avait acheté un gilet qu’elle aimait beaucoup mais qui a feutré, alors je lui ai dit que je pouvais en faire un à la main presque identique. Il ne me reste plus que la bande de boutonnière à faire, mais la technique que j’ai choisie la rend trop épaisse pour le col qui retombe. Il faut que je décortique ma technique pour trouver comment je pourrais la modifier.

Je ne parle jamais de ces choses – le tricot, la couture, la teinture, le crochet – ici, parce que je n’ai fait aucune place pour ranger ça quelque part. C’est pour ça aussi que j’écris moins sur ce site en ce moment – je suis occupée à faire des choses que je ne raconte pas.

Je ne sais pas encore comment m’arranger avec ça : est-ce que je vais laisser les choses ainsi, dites et non-dites, est-ce que je vais aménager un autre espace pour les choses fabriquées d’après les idées des autres, est-ce que je vais tout mélanger là.

En tout cas, c’est à ce genre de choses que je passe la plupart de mes journées depuis plusieurs mois. Ça, et fabriquer des sites internet. Dans ces deux activités, je construis des choses concrètes avec du langage abstrait. Je continue à écrire mais j’écris des formes plutôt que des histoires. Ce n’est pas exactement le même plaisir, mais c’est du plaisir quand même. Au moins mes tricots me tiennent chaud et je peux emmener mes pantalons en balade.

22.01

Depuis l’année dernière, je suis en train de trouver une autre manière de vivre qui me permettrait d’être rémunérée.

Depuis l’année dernière, j’ai écrit et travaillé, en fabriquant des sites par exemple, pour plusieurs personnes, et même si j’ai “bien” travaillé (si on considère “bien” travaillé sous l’angle d’une quantité de travail soutenue), ce sont des activités qui ne me permettent pas de me rémunérer correctement.

Mon plan de base était nul. Mon plan de base était de continuer mon activité d’écrivaine / artiste / developpeuse jusqu’à ce que je n’ai plus assez d’argent pour vivre et ensuite, de prendre un boulot au pif.

C’était un plan nul, déjà parce que c’est de plus en plus difficile de prendre des boulots au pif. Il n’y a plus de boulot au pif et ce n’est pas dans les usages de prendre quelqu’un·e qui a un diplôme des Beaux-Arts et de Création Littéraire, même si cette personne a les expériences qui correspondent au boulot au pif.

C’était un plan nul, parce qu’ensuite j’ai déjà fait beaucoup de boulots au pif et que j’ai maintenant besoin d’enthousiasme pour travailler. Je ne sais plus me dire “c’est juste pour quelques mois, quelques années, on verra après”. J’ai étudié les différentes natures des boulots au pif que je pouvais prendre et aucune ne me procurait de l’enthousiasme.

Quand un plan est nul, le mieux c’est d’en changer. Au début j’étais déprimée parce que je ne voyais pas quels autres moyens j’avais pour construire un nouveau plan. J’ai démonté les questions jusqu’à ce qu’il ne me reste plus que la première, celle qui ne peut pas être découpée davantage : “Qu’est-ce qui m’enthousiasme ?” Heureusement, il y a beaucoup de choses qui m’enthousiasment alors pour faire le tri dans ma liste j’ai rajouté à la question : “Qu’est-ce qui m’enthousiasme et dont je pourrais faire mon emploi1 ?” Ou : “Qu’est-ce que j’aime et peut payer les courses et la vie ?”

Alors je monte un projet. Je n’ai pas envie de dire ici de quel projet il s’agit parce que le projet n’existe encore qu’avec des mots, même si j’ai déjà mis beaucoup de mots sur le projet, et que ça rend encore le projet très fragile. J’en parlerai quand le projet existera un peu plus dans la réalité.

J’ai eu un rendez-vous avec ma conseillère France Travail la semaine dernière. C’est moi qui ai sollicité ce rendez-vous, pour lui parler du projet. Et pour qu’elle ne m’inscrive plus à des rendez-vous collectifs inutiles pour booster (?) ma rechercher d’emploi ou me rendre visible auprès des recruteurs.

La conseillère m’a partagé son écran pour me montrer qu’elle remplissait bien mon dossier avec toute ma motivation. Elle était fière pour moi de cocher la case Rendez-vous sollicité par le candidat. Je me suis sentie comme une vendue.

Elle tapait très lentement les informations dans mon dossier, elle m’a dit “j’ai peur de faire des fautes d’orthographe devant un écrivain”.

Je lui ai dit que je n’étais plus écrivaine. C’était ce que je venais de lui expliquer pendant vingt minutes.

Bien sûr, le rendez-vous n’a servi à rien. J’ai expliqué le projet et la conseillère a eu l’air enthousiasmée, elle m’a dit “vous avez déjà bien avancé”, alors que j’ai simplement raconté le projet en mots. Elle m’a indiqué un accompagnement possible qui ne dépend pas de France Travail et que j’ai déjà contacté. Elle m’a dit sans en être désolée que France Travail ne finançait plus de formations sauf pour les “métiers en tension” et les travailleureuses en situation de handicap. Ce ne sont pas des cases que je coche. Elle m’a souhaité une bonne continuation en me conseillant bien de noter chaque étape de mon avancement de projet dans mon profil candidat, pour prouver que je suis active.

Si je n’étais pas une vendue, j’aurais noté aujourd’hui dans mon profil candidat : “Ai rempli mon bilan d’entretien sur mon blog, cf. note du 22 janvier 2026”.

  1. “Ce à quoi s’applique une activité rétribuée.”, Le Robert. 

12.01

🖉 🗐

Quand je suis rentrée des vacances, j’avais un petit colis dans ma boîte aux lettres.

Dedans, il y avait une grenouille en caoutchouc, un exemplaire de Bois froid d’Anaël Castelein, trois exemplaire de PNJ, le dernier fanzine des éditions Ni Fait ni à faire et un coloriage de dinosaure avec des strass derrière lequel Anaël m’avait écrit un petit mot.

Je me suis directement fait confisquer la grenouille en caoutchouc par I., qui l’a mise dans son lit pour dormir avec.

J’ai accroché le coloriage de dinosaure sur mon frigo. J’ai rangé les trois exemplaires de PNJ dans ma bibliothèqe de “productions personnelles” parce que dedans j’ai écrit le texte sur le président des PNJ. Il y aussi des textes d’Adrien Lafille, d’Ines Dobelle et d’Anaël, une discussion fictive entre nous quatre générée par IA et d’autres surprise autour des PNJ. Le fanzine est simple et beau et m’a émue parce que j’ai imaginé Anaël qui le fabriquait depuis le début jusqu’à la fin, que derrière le dinosaure il me dit qu’il a aimé le fabriquer, qu’il n’a eu besoin de personne d’autre pour le faire et que ça faisait longtemps qu’un de mes textes n’était pas apparu sur le papier de quelqu’un d’autre.

J’ai lu Bois froid qui commence par :

le paysage est plein de croûtes je les gratte une à une1

et qui à un moment dit :

je tire sur mes joues
elles s’allongent comme des
feuilles de chou
je mets mes feuilles de joue rouge dans
le bouillon de poule qui frémit
comme mon petit pull rouge
frémit sous mon chou
à la peau rouge de feuilles de joue rouge
dans mon bouillon de pouls
mon pouls au pot
tout ça me serre
le pouls le chou les joues le pull
les mots
peut-être qu’on se serre
autour2

et que j’ai beaucoup aimé lire, j’aime beaucoup lire ce qu’écrit Anaël, parce que ça me fait souvent rire en me rendant des fois triste et heureuse et soulagée que quelqu’un ait écrit ça quelque part. Bois froid avait en tout cas le goût d’une soupe mangée dans un bol en bois avec des petites bulles de gras sur le dessus de la soupe.

Jusqu’ici aucun éditeur ne m’avait envoyé de si beau colis pour accomapgner mes livres, avec une grenouille en caoutchouc et un coloriage de dinosaure avec des strass et des mots qui disent qu’il a aimé fabriqué ce fanzine depuis le début jusqu’à la fin.

  1. Bois froid, Anaël Castelein, Le Buvard, “Second Souffle”, 2025, p.9 

  2. Ibid., p.39 

8.01

🖳

C’est le début de l’année et je ne sais pas trop quoi en penser. J’écris un peu ici pour donner des nouvelles, même si je ne sais pas bien quelles sont les nouvelles en ce moment.

Ma voiture est au garage et ça m’a fait louper le quatrième club informatique. J’ai installé un siège enfant sur mon vélo. C’est bizarre de voir mon VTT avec un accessoire d’adulte.

J’ai un nouvel ordinateur portable. J’ai installé le SSG pour ce site dessus et comme d’habitude, il y a plein d’erreurs de dépendances et de gem (le SSG est codé avec Ruby) que je dois installer à la main. Peut-être que cette année enfin, je finirai de fabriquer moi-même un système pour déployer et mettre en ligne ce site, qui ne serait pas basé sur des dépendances de dépendances de dépendances de systèmes qui se mettent à jour sans se regarder. J’en ai marre de réparer des choses dont je n’ai pas besoin.

Je fabrique le site de Spawnware, les céramiques d’Alix. Je le fabrique de A à Z pour éviter les dépendances justement, et je cache dans chaque page un petit bonhomme en ASCII, pour qu’Alix sache que j’ai pensé à elle. Je lui écris des blagues dans son CMS, son espace d’administration, que j’essaye aussi de rendre beau, pour que l’administration soit moins pénible. Il faudra quand même intégrer une interface de paiement que je ne peux pas coder. J’espère qu’elle ne nous rendra pas trop dépendantes.

Après je ferai le site de Nina Harker, sur le même principe. Apolline et Nico sont en train d’en écrire le cahier des charges. J’essayerai de les rendre les plus indépendant·es possible.

Il y a beaucoup de choses à mettre en place maintenant. J’ai fait ma première rentrée sans emploi il y a un an et je ne peux pas continuer cette vie-là, même si il y a beaucoup de choses qui m’y conviennent. Heureusement, j’ai un projet, mais je dois rassembler l’énergie pour qu’il devienne vrai.

Ce matin pourtant, je me suis réveillée fatiguée.

Message de succès sur la console Enfin ça fonctionne. Merci tout de même à toutes ces dépendances mal synchronisées, en attendant qu’elles acceptent de s’entendre j’ai pu écrire ces nouvelles.

2025

4.12

🗩

Ça fait un mois que j’ai pas écrit ici, parce que je ne trouvais pas les bons trucs à dire et puis j’ai reçu une note d’Antoine qui disait “Je pense à toi ces jours-ci car tu n’écris pas beaucoup sur ton site (ce qui est ok) […]”1 et ça m’a donné très vite envie d’écrire des choses que j’aimerais qu’Antoine lise, donc normalement j’écrirai ici bientôt.

Aujourd’hui j’écris juste rapidement pour donner les nouvelles les plus immédiates :

– Je suis invitée par Argh pour passer dans les Rendez-vous France Travail Peinture sur Twitch. C’est dimanche 7 décembre à 20h mais ensuite c’est aussi en VOD sur Youtube.

Lundi 8 décembre c’est le quatrième rendez-vous du Club Informatique 35, si vous êtes à Rennes on fait ça à la Maison de la Poésie à partir de midi, il faut juste ramener son ordi (et de quoi manger si vous avez faim) et on parle des projets web et numériques de chacun·e.

– J’ai fait une petite mise à jour de Spacesnap avec des images d’Absolum et d’ATONE: Heart of the Elder Tree (entre le niveau de la mer et l’atmosphère).

– Je continue doucement mais sûrement à remplir ∞-lecture, j’arrive au bout du troisième carnet (mais comme je ne fais rien dans l’ordre, c’est le carnet VIII). Je redécouvre des phrases qui me marquent à nouveau, c’est paisible et réconfortant.

Annonce du rendez-vous le 7 décembre sur France Travail Peinture L’affiche du RDV France Travail Peinture

Affiche du report du Club Informatique L’affiche du Club Informatique

  1. C’était une note qui accompagnait l’incroyable calendrier de Plein Temps Libre, cette année il est argenté avec des cailloux, comme j’aime les cailloux et l’argenté j’en ai demandé un pour mon salon. 

5.11

En remplissant ∞-lecture, je suis retombée sur cette théorie dans La Mezzanine de Nicholson Baker :

Maintenant, et toujours dans l’hypothèse où mon enfance s’acheva à l’âge de vingt-trois ans, supposons que chaque jour de ma vie j’aie un nombre égal d’idées nouvelles. (Des qui n’avaient à être nouvelles que pour moi, des idées qui ne m’avaient pas effleuré auparavant, que d’autres les considérassent ou non comme dépassées ou banales ; et leur nombre exact n’avait pas d’importance – 1, 3, 35 ou 300 par jours, il dépendait de la finesse du tamis utilisé pour distinguer les nouveautés des redites et de ma propre estimation –, ce qui comptait, c’était qu’il fût constant.) Nous supposerons que toutes ces nouvelles idées, une fois survenues, ne se décomposèrent pas au-delà d’un certain point mais conservèrent une intégrité suffisante pour pouvoir être à tout instant rechargées dans la mémoire vive – même si l’évènement spécifique, ou la nouvelle idée qui me rappelleraient par la suite une idée précédente donnée ne devaient jamais se produire. Et disons que ma mémoire commença à fonctionner efficacement à l’âge de six ans. Sur la base de ces trois hypothèses simplificatrices, j’aurais donc emmagasinné dix-sept années (23 - 6 = 17) d’idées puériles avant d’être devenu adulte pendant ce trajet dans le métro pour me rendre au bureau. J’en tirai donc récemment la conclusion qu’il me suffisait de continuer à générer des idées nouvelles à la même cadence quotidienne jusqu’à l’âge de quarante ans (23 + 17 = 40) pour avoir enfin accumulé un capital d’idées d’adulte diverses et variées ayant plus de poids et de voix au chapitre que la totalité de mes idées précédentes – alors aurais-je atteint ma Majorité. Je n’avais jamais songé à l’existence d’un tel moment, mais il prit rapidement l’envergure d’un important objectif, qui miroitait devant mes yeux. C’est le moment où je comprendrai vraiment les choses ; où je ferai constamment du passé un usage sagace et tempéré ; où , quel que soit le sujet que je veuille considérer, je disposerai pour ce faire d’un éventail de données datant de mes vingt et de mes trente ans qui empêchera les petites voix flûtées susurrant, en leurs couleurs primaires, “quand j’avais huit ans”, ou “quand j’étais petit”, ou “quand j’étais en 6ᵉ”, de faire surface. C’en sera fini de la suprématie obligatoire. La maturité ! La maturité !1

Si j’applique la théorie sur mon setup, j’estime avoir fini mon enfance vers 25 ans et j’estime que ma mémoire connaît un fonctionnement efficace depuis mes 4 ans : j’ai alors 21 années d’idées puériles derrière moi. J’obtiendrai donc un nombre égal d’idées puériles et d’idées d’adulte à quarante-six ans.

Encore dix années de tranquillité avant d’avoir fini de grandir.

  1. La Mezzanine, BAKER Nicholson, Traduction d’Arlette Stroumza, Julliard, 10/18, “Domaine étranger”, N°2364, p. 83. 

4.11

Hier on a fait le troisième Club Informatique 35.

C’est tous les premiers lundi du mois, à la Maison de la Poésie de Rennes. Je devrais peut-être mettre des annonces ici. Pour l’instant, on communique avec des stories sur Instagram avec Valentin.

Pendant le club, on a justement parlé des usages des blogs VS les usages des réseaux sociaux. À ce moment-là, il y avait Anti, Gurvan, Quentin, Valentin et moi et sur nous cinq, il n’y avait qu’Anti qui alimentait un peu régulièrement son compte Insta. Il nous a dit que c’était surtout pour les opportunités professionnelles et que jusque-là, il avait l’impression qu’il ne pouvait pas faire autrement. Valentin a dit aussi que pour communiquer sur les évènements, c’était encore le média le plus efficace. C’est pour ça qu’on met nos stories du Club Informatique 35 dessus.

Pourtant le format d’Instagram n’est pratique pour personne. Il n’est fait que de contraintes : mettre du texte en avant c’est relou, conserver des archives complètes c’est relou, mettre des liens c’est impossible (alors que c’est LA BASE d’internet), aucun historique de navigation n’existe… On en est venu·es à la conclusion que c’est peut-être toutes ces contraintes qui poussent les gens à mettre du contenu là-dessus. Que la forme primait sur le fond et que ça permet peut-être de parler sans parler, de se montrer en cachant l’essentiel ou ce qui est trop intime ou ce qui est trop réel.

Depuis quelques jours je culpabilisais un peu de n’avoir parlé d’∞-lecture qu’ici. Je me disais qu’il fallait peut-être faire un post Instagram, pour la comm. J’ai partagé ça avec le Club et grâce à elleux, je me suis dit qu’après tout, c’était bien comme ça. Que le nombre de personnes qui voient n’est pas important. Et que celleux qui cherchent pourront toujours trouver.

30.1

🖳

Je remplis tranquillement la base de données d’∞-lecture.

C’est très agréable de reparcourir tous ces extraits d’ouvrages que j’ai aimés à un moment. Il y a des livres dont le souvenir m’a accompagnée pendant longtemps. Je croyais que j’avais une très mauvaise mémoire parce que je me rappelle rarement de l’intrigue ou des détails de ce que je lis ou vois, mais je me rends compte que je garde pourtant une trace dans mon esprit, même infime, de chacun des livres que j’ai inscrit sur mes listes (même si pour l’instant je ne suis remontée que jusqu’à 2016).

Ça me rend un peu nostalgique aussi, parce que ça ramène des souvenirs de moments, de lieux et de personnes avec qui j’étais pendant que je lisais ces livres.

Ça m’a aussi rappelé un projet que j’avais commencé sans vraiment le poursuivre, quand j’habitais à Nantes à la Calypso. Je me demandais déjà quoi faire de toutes ces citations.

J’avais commencé à en envoyer anonymement aux gens auxquels certaines citations me faisaient penser. Je les tapais à la machine et j’en gardais une copie carbone avant de les expédier. Je voulais que ça reste anonyme pour que les destinataires soient vraiment intrigué·es par le texte et cherche à le comprendre bien. Peut-être à lire le livre dont il est tiré, aussi. Je comptais en envoyer à des gens que je connais personnellement mais aussi à d’autres que je n’ai jamais rencontrés mais dont je connais le travail et à qui ces citations me paraissaient correspondre.

J’ai dû envoyer cinq ou six citations à cinq ou six personnes et puis je n’ai pas continué. Je dois encore avoir les copies carbones rangées quelque part, je ne sais pas du tout où.

Peut-être un jour, je recommencerai.

28.1

🖳 🗐

Il y a au moins deux semaines (peut-être trois), j’ai mis en ligne la base de données d’∞-lectures. J’ai appelé ça comme ça pour l’instant, c’est un vieux titre qui traîne. Il a tellement traîné que je ne trouve rien de différent à utiliser maintenant.

Je n’ai même pas parlé de la mise en ligne ici. Je n’ai pas beaucoup parlé ici, alors que c’est le mois où j’ai le plus travaillé à quelque chose qui se rapproche de mon activité artistique telle qu’elle s’identifie depuis mon diplôme.

Cette base de données, c’est pourtant quelque chose d’assez important pour moi. D’abord, c’est un gros projet en tant que projet de développement web. C’est une épaisse base de données avec un système complet d’insertion, de modification et de suppression de pas mal de tables différentes. Bref, c’est un projet qui pèse dans mon expérience de développeuse.

C’est aussi une pièce qui complète une série d’installations qui a commencé en 2010 (voire en 2008 si je compte le début des carnets). C’est avec ces pièces que j’ai passé mon diplôme il y a bien longtemps, en 2012. Vu le temps depuis lequel tout ça dure, c’est que ça doit quand même me travailler un minimum et faire partie de mon système de réflexion et de pensée.

Enfin, c’est une forme à laquelle j’ai commencé à penser il y a tellement longtemps que je ne peux plus la dater (2015 ? 2014 ? Peut-être avant). J’ai d’abord été limitée par mes capacités techniques, puis contrainte par mon manque de temps, et enfin embourbée dans des formes trop complexes et ambitieuses pour le bien de leur lisibilité.

Il en existe plein de versions abandonnées dans des fichiers obscurs de mon ordinateur ou dans des dossiers archives sur mon serveur.

Je suis très contente qu’enfin, celle-ci voit le jour aujourd’hui.

Il me reste encore à la remplir. J’y ai pour l’instant recopié le contenu de 2 carnets (sur 11). C’est assez agréable de n’avoir plus qu’un travail de dactylographie à effectuer sur un outil qui roule (sans bug et parfaitement adapté à l’usage dont j’ai besoin).

Il faut maintenant que je fasse un article plus technique sur mon portfolio web, mais pas aujourd’hui.

Et puis je remets le lien là parce que c’est quand même la fête, que ce truc existe enfin.