∞-lecture

(V2.1)

N° 393 · Carnet VIII

Les Années de chien

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Première publication : 1963

Lu du 27/01/2018 au 24/03/2018, à Rennes

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« Sur la digue, Amsel est un peu plus petit que Walter Matern. Tandis qu'il parle, son pouce, par-dessus son épaule montre où se trouvent, derrière la digue, le village égrené de Nickelswalde et le moulin sur attache des Matern. Amsel hisse le long du talus un faisceau embarrassé de toiture, de rames à haricots, de guenilles tordues pour en essorer l'eau. Sans arrêt, le dos de sa main doit relever le bord antérieur du casque d'acier. Le bac s'est amarré au débarcadère de Nickelswalde. On entend les deux wagons. Senta grossit, diminue, grossit, s'approche, elle est noire. Encore du petit bétail crevé qui s'en va au fil de l'eau. La Vistule coule en roulant des épaules. Walter Matern enroule sa main droite dans le bord inférieur effrangé de son pull-over. Senta se tient sur ses quatre pattes entre l'un et l'autre. Sa langue qui pend hors de sa gueule frémit. Elle regarde Walter Matern, parce qu'il grince des dents. Il a ça de sa grand-mère qui resta neuf ans clouée à son fauteil et ne faisait que ribouler des yeux.
À présent ils s'en vont : leurs silhouettes de taille inégale s'éloignent vers le débarcadère du parc. En noir, la chienne. Un demi pas en avant, Amsel. Derrière, Walter Matern. Il traîne le ballot d'Amsel. Derrière le ballot, tandis que tous trois vont se rapetissant sur la digue, l'herbe lentement se redresse. »

Traduction de Jean Amsler, Paris, 2016, Éditions du Seuil, "Points", N°P419, p. 21.

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« [La grand-mère Matern] était dans la chambre du haut, et parcourue d'ombres frénétiques. Elle jetait un éclair, se fondait dans une demi-obscurité, se trouvait assise en pleine lumière, puis dans le noir. De même des pièces d'ameublement, le dessus du bonheur-du-jour, le couvrecle ronde-bosse du bahut et le velours rouge, inutilisé depuis neuf ans, du Prie-Dieu en bois sculpté s'effaçaient, montraient des profils, s'obscurcissaient, massifs : poussière clignotante, clair-obscur sans poussière sur la grand-mère et sur ses meubles. Sa coiffe et la coupe en verre bleu étaient sur le bonheur-du-jour. Les manches effrangées de la camisole, le bois du plancher, astiqué à mort, où la tortue mobile, grande comme la main, que lui avait donné le valet Paul, passait d'un coin à l'autre, accrochait des lumières et survivait au valet, tout en marquant dans les feuilles vertes de salade le motif en demi-cercle de son petit bec et toutes les feuilles de salade éparses dans la chambre du haut, avec leur ornement en bec de tortue, paraissaient frappées d'une vive lumière ; car dehors, derrière la maison, le moulin Matern travaillait par vent de huit mètres-seconde, moulait du blé en farine avec ses quatre ailes qui masquaient le soleil quatre fois toutes les secondes et demie. »

Traduction de Jean Amsler, Paris, 2016, Éditions du Seuil, "Points", N°P419, p. 25.

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« Cours de récréation vides, en proie aux moineaux. Mille fois vu et filmé : le vent déplace le papier gras d'une tartine sur une cour de récréation vide, infiniment mélancolique, prussienne, humaniste, couverte de gravier. »

Traduction de Jean Amsler, Paris, 2016, Éditions du Seuil, "Points", N°P419, p. 117.

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« Il était une fois une ville qui, outre ses localités suburbaines d'Ohra, Schidlitz, Oliva, Emmaüs, Proust, Saint-Albert, Schellmühl et le faubourg portuaire Neufahrwasser, avait une banlieue ouest appelée Langfuhr. Langfuhr était si grand et si petit que tout évènement survenant ou pouvant survenir dans le monde survenait ou pouvait survenir aussi à Langfuhr. »

Traduction de Jean Amsler, Paris, 2016, Éditions du Seuil, "Points", N°P419, p. 402.

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