N° 376 · Carnet VIII
Le Brigand
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Première publication : 1925
Lu du
05/09/2017 au 16/09/2017, à Rennes, Nantes
Emprunté à quelqu'un
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« Oui, il y a encore des hommes qui grandissent, qui ne sont pas devenus en un tour de main, à une vitesse à faire peur, des produits finis extérieurement et intérieurement, comme si les hommes étaient des petits pains qu'on fabrique en cinq minutes et qu'on vend aussitôt afin qu'ils soient consommés. Il y a encore, dieu merci, des gens qui doutent, certains même qui ont l'instinct d'hésitation. Comme si tous ceux qui y vont carrément, qui savent mettre l'affaire dans le sac, qui font valoir des prétentions, étaient pour nous un exemple à suivre et, pour le pays auquel ils appartiennent, de bons citoyens. Eh bien justement non ! Et il y a des non-prêts mieux préparés que les déjà-prêts, et des inutiles souvent beaucoup plus utiles que les utilisables, et finalement il n'est pas besoin que n'importe quoi soit immédiatement ou dans les plus brefs délais mis à la disposition des besoins. Je souhaite, moi, joyeuse vie, dans notre temps aussi, à un certain luxe de l'homme, et une société tombe entre les mains du diable quand elle prétend éliminer toute forme de nonchalance et de relâchement. »
Traduction de Jean Launay, Paris : 1994, Gallimard, "Folio", N°2900, p. 84.
« Il y a des gens qui se plaignent de la grossièreté de leurs semblables. Mais au fond, ils ne souhaitent nullement que nous n'ayons plus cette grossièreté. Ce à quoi ils tiennent, c'est de pouvoir se plaindre, accuser, être mécontent. Pour ma part je préfère être carrément un grossier personnage plutôt qu'un plaignant. Les plus grossiers sont tout aussi bien les plus fins, bien souvent. Les plaignants sentent cela et ne pardonnent pas aux grossiers le solide emballage qui protège le trésor de leur délicatesse. Les raffinés recouvrent leur grossièreté d'une couche de finesse. »
Traduction de Jean Launay, Paris : 1994, Gallimard, "Folio", N°2900, p. 117.