Ça ressemble à du faux II

2016

Edition, 25 pages · crayon de bois · couverture de Marie-Laure Gucciardi · 1 exemplaire.

Ça ressemble à du faux II est un texte sur le travail de l'artiste Marie-Laure Gucciardi. Alternant entre la deuxième et la troisième personne du singulier, le texte tente d'explorer les différentes pratiques de l'artiste, dont le travail tourne essentiellement autour des notions d'inframince, de dédoublement de temporalités et d'accroc dans le tissu du réel, à travers le prisme de l'expérience commune et de l'amitié.



Ça ressemble à du faux II
extrait


Je finis très peu. J’entame des choses qui ne restent que des milieux. Je voue un culte aux processus inachevables. Le problème quand on ne finit pas, quand on ne s’offre pas le luxe d’un brin de photogénie, c’est qu’il n’y a rien à montrer. Il faut trouver des moyens de documenter le processus, pour qu'on s'attache à le regarder, lui, sans attendre de voir où il mène – s'il mène bien quelque part.

Finalement, c’est ça qui a toujours été la grande question. L’inframince, le décalé, le vrai-faux du faux-vrai, tout ça c’est venu, on ne pouvait rien y faire. Mais après, comment on s’en occupe ?

Le travail de Marie-Laure Gucciardi est inframince. Entre invisible, peu visible et imperceptible, il échappe à l'œil, il glisse entre les doigts pour réapparaître dans le dos. Chaque pièce de Marie-Laure fait un pas de côté par rapport au réel et ouvre un espace-entre où se créent un nouveau lieu et un nouveau temps, en décalage infime avec la réalité.

Marie-Laure, où est ton travail ?

Marie-Laure joue entre ce qui aurait pu mais n'existe pas et ce qui existe mais qui n’est pas là. Son travail ne vit qu'à travers sa propre potentialité ; si elle le rend sûr et certain, alors il cesse d'être. Paradoxe. Marie-Laure doit parler de son travail de manière détournée, sans jamais en amputer le processus. Sinon, le château de carte s’effondre.

Tu n’as même plus besoin d’être là pour enclencher la spirale. Tes pièces ont pris leur indépendance. Elles s’auto-génèrent et savent discourir les unes sur les autres sans toi.

Les œuvres inframinces de Marie-Laure existent à travers la trace de leur glissement, elles ne peuvent pas être déracinées de leur contexte. Toutes leurs conditions environnementales et climatiques sont nécessaires pour qu'elles survivent. On ne peut pas les arracher à leur microcosme, sinon elles périssent.

Tu écris sur ton travail en faisant des grattages de pastel. Ton texte s'enfile en miroirs, son visage côtoie l'arrière de son crâne. Il alterne entre plein et creux. Il n'est plus que sa propre trace.

Marie-Laure doit parler de ses pièces en dédoublant à nouveau le temps, elle doit trouver un protocole tout neuf pour décrire le protocole précédent, elle doit encore se décaler, créer une version parallèle de son travail pour pouvoir le montrer, c’est une spirale sans fin où chaque boucle est une nouvelle couche d’information, une nouvelle strate de réel.

Lucie Desaubliaux, 2016

*Travaux